Ma Daube à Moi
On a tous eu dans la vie un jeu auquel on a eu envie de jouer, comme ça, par caprice plus que par envie réelle, et dont on regrette amèrement l’achat quelques années plus tard. Le mien remonte à il y a 4 ans, en avril 2004, lors de la onzième année de ma vie. Attiré par un concept atypique et une licence aguicheuse, me voilà en ce 4 avril avec une copie de Pokémon Channel entre les mains et un sourire jusqu’aux oreilles. Je déteste être vulgaire, mais PUTAIN DE BORDEL DE MERDE CE JEU SORTI DU TROU DU CUL D’UNE BANDE DE NIPPONS DOPES AU CRACK EST UNE PUTAIN DE DAUBE, ET ILS AURAIENT PU CONGELER LEUR DIHAREE DANS UNE BOITE ET LA VENDRE 60 EUROS LE RESULTAT AURAIT ETE LE MEME ET JE PREFERERAIS ME FAIRE PISSER DESSUS PAR TROIS BAVAROISES GAVEES A LA BIERE PLUTOT QUE DE ME FORCER A REJOUER A CE PUTAIN DE JEU MEEEEEEERDE.
Et pourtant, j’ai voulu ce jeu. J’ai fait un caprice pour avoir ce jeu. J’ai exigé ce jeu. Pourquoi ? Parce qu’a l’époque, mes bons amis, j’etais un fan absolu de Pokémon. Je jouais et j’échangeais les cartes avec mes potes, je ramenais mon câble Game Link chez mes camarades de classe pour échanger des bestioles et combattre, et j’ai joué plus d’une paire de fois à Pokémon Stadium sur ma N64 avec mes Pokémons. Oui, vous pouvez traiter mon moi d’il y a quatre ans d’abruti complet. Je ne vous en tiendrai pas rigeur. Et je vous encouragerais. Pourtant, des signes prémonitoires auraient dû me mettre la puce à l’oreille. Les premier avis apparus sur Internet (encore 1.0 à l’époque), les instructions que Nintendo donnait à la presse spécialisée (plus dures que celles que nous donne le Parti), rien ne semblait me donner raison. Et, quand je mets le mini-DVD dans le capot de ma Gamecube, je n’ai aucune idée du traumatisme qu’il allait me causer.
Et pour cause. Le jeu est plutôt mignon, coloré, bien dans l’univers des jeux auxquels j’etais habitué. Mais voilà. Dès le début du jeu, on me force à regarder un dessin animé pourri avec deux Pichu à qui il arrive des trucs. Non seulement ce dessin animé est pourri, mais il n’est que la première partie d’un film divisé en plusieurs parties, et vous DEVREZ toutes les regarder. En entier. Et ça devient de pire en pire à chaque fois. Après avoir parlé au Professeur Chen, Pikachu fait son entrée dans la maison, et le jeu commence vraiment. Enfin le jeu. C’est vite dit. Votre but principal, c’est de regarder la télé avec Pikachu. Et Pokémon Channel, c’est une télé qui vous prend pour un abruti complet. Les infos sont un moyen aussi simple que mal caché de vous dire « EH ABRUTI VA A CET ENDROIT SI TU VEUX GAGNER UN TRUC », les jeux proposés sont bien trop faciles ou basés sur la chance pour être un tant soit peu intéressants, et le reste des programmes ne sont que des parodies mal foutues de ce qu’on peut voir sur sa vraie télé dans sa vraie maison. Quand j’ai tout fait le premier jour (et ça a du me prendre une heure à tout casser), je suis resté sur ma faim. Car oui, Pokémon Channel est un jeu qui utilise l’horloge interne de la console. Du coup, pour voir la suite, il faut attendre le lendemain. Ou trifouiller les options de la console pour passer au lendemain. Sachant que chaque jour est plus court que le précédent, et qu’il faut 6 jours pour finir le jeu, Nintendo ne serait-il pas un peu foutu de ma gueule ?
La réponse est évidemment oui. Et alors que je sors le mini-DVD de ma Gamecube, que je le remets dans sa boîte et que je le prends avec moi pour aller le revendre à mon Micromania, le traumatisme est là. Je l’ai, ma daube à moi. Je l’ai, ce maître étalon de la médiocrité vidéoludique qui va me servir d’échelle de valeur pour le restant de ma vie. Et, alors que je ferme la porte de l’appartement pour me rendre au centre commercial, je jure, mais un peu tard, qu’on ne m’y reprendra plus.


