Un peu défi, beaucoup d’effect?
Titre lamentable dans la plus pure lignée de ceux de l’Equipe, Libération ou Génération4 période bieng (« O.T.A.N en emporte l’Yvan » introduisait le test de Red Alert).
Comme vous ne l’avez sûrement pas deviné, ici, on parle de Mass Effect, jeu Bioware. Bioware, c’est Baldur’s Gate, premier jet réussi, sa suite, consécration, quelques daubes anecdotiques genre Icewind Dale, puis un passage sur console, avec surtout la très surestimée série des Knight of the old republic. Bref, j’adorais ce studio.
Mass Effect est leur première réalisation nextgen. Annoncé comme une trilogie, univers space opéra, graphismes sympathique, nombreux focus sur les dialogues lors des preview. Presque de quoi m’interpeller. Malgré les avertissements du Raton, je profite de la version évoluée (PC quoi) pour tenter de nouveau d’aimer ce Bioware consoleux. Quand il parlait de Bioshock, Raton disait vouloir aimer le jeu bien qu’il ne cesse de lui baiser la gueule. Là, c’est pire, je n’ai aucune envie de l’aimer, et il me baise la gueule avant même de commencer.
Insersion du DVD genuine. Le piratage, c’est mal. Tentative d’installation. Message d’erreur « vous êtes un méchant », impossible d’installer le jeu. Trois wtf plus tard, je comprends que Monsieur mass effect, qui vient de perdre ses capitalisations, n’aime pas Daemon Tool ou un autre de mes lecteurs virtuels installés. Rien que ça, théoriquement, c’est ban à vie du jeu et 50 euros pour ma pomme. Comme je suis un peu ric-rac ces derniers temps, je décide d’insister et download le jeu. Un mal pour un bien, j’aurai la VO.
Installation, démarrage. Là, théoriquement, je parle de mes premières impressions. Mais comme dans la dernière saison de Lost, un petit flash forward s’impose. Bzzz bzzz bzzz, « tiens, je ne peux plus sauvegarder, étrange, je pouvais tout à l’heure », bzz bzz bzz, « mais, pourquoi la carte de l’univers ne s’affiche-t-elle pas ? Vite, google-fu« , bzz bzz bzz, « ah, les versions crackées foirent devant le super système de protection du jeu, n’autorisent pas la sauvegarde et font bug la spacemap« .
Résumé : avec ma version genuine, je ne peux pas jouer. Avec ma version warez, je ne peux pas jouer. Merci qui ?
(oui, je pourrais trafiquer ma bécane pour virer ce qui gène la protection. Ou même trouver un crack qui marche. Ou utiliser un cloacker pour masquer Daemon Tools. Mais MERDE, depuis quand faut-il plus de skillz pour jouer à un jeu qu’on a acheté légalement que pour installer un jeu sous DOS à l’époque de la mémoire conventionnelle ?)
Suivent des considérations sans importance sur le jeu et le RPG en général.
Mine de rien, avant de réaliser l’impasse dans laquelle je me trouve, j’ai recommencé trois fois le début (peut-être une heure de jeu), et j’ai quand même quelques com‘ à lâcher. Pourquoi trois fois ? Pour tester certains trucs, comme l’influence des choix de background et/ou dialogues faits sur le jeu immédiat.
Mass effect (qui regagne la capitalisation du premier mot à la faveur d’un début de phrase) m’a semblé un RPG console pur jus. Une introduction très agréable, plutôt bien réalisée, un gameplay melant habilement FPS et statistiques RPGesques, un scénario qui s’annonce complexe, dans un univers original et fouillé, supporté par d’excellents dialogues. Entièrement vocalisés, du moins pour la première heure de jeu, les acteurs jouent juste, l’écriture est très bonne, et la possibilité d’opérer ses choix de question avant la fin des interventions donne un dynamisme certain à l’ensemble.
Une bonne première impression alors ? Pas sûr…
Lors de mes trois débuts de partie, j’ai immédiatement cherché à tester l’influence de la latitude de réponse. D’une manière assez basique, de nombreux dialogues autorisent des réponses « parangon », c’est-à-dire bon soldat loyal et bourré de valeurs à la con, « neutre » et « jesaisplus », ici le soldat cynique, un peu bourrin et pas trop embarrassé par l’éthique. Un peu différent de l’éternel gentil/méchant, le potentiel était certain, malgré une putain de sale habitude consoleuse, chaque choix étant toujours positionné au même endroit, pour que le débile joueur ne soit pas trompé par sa perspicacité inexistante. Sauf que… ça ne change rien. T’es cool ? T’es un connard ? T’es Suisse ? Aucun changement réel sur l’attitude de votre interlocuteur, qui continue comme si de rien n’était. Je m’étonnais aussi que le jeu, aussi lourd soit-il, puisse intégrer une vocalisation de dialogues à arborescence complexe. Ce n’est pas le cas. La seule influence de vos choix se fait sur des points de karma vu et revu, et sûrement sur quelques aspects mineurs du jeu. Ne pouvant continuer, il me sera difficile de jauger le degré d’importance de ces aspects, réels ou juste anecdotiques.
Les RPG, ou, plus généralement, l’ensemble des jeux qui racontent une histoire, sont soumis à une règle immuable, dite « deux sur trois ». Tracez un triangle dans votre tête. Sur un papier si vous êtes une femme (un triangle a trois côtés) . Au sommet, placez « qualité du contenu ». A droite « quantité de contenu ». A gauche « faible taux de bug dans le contenu ». Fait ? C’est très simple, vous ne pouvez avoir que deux des trois aspects dans votre jeu.
« qualité du contenu » est parlant ; englobant un ensemble d’aspects du gameplay : un scénario bien mené, complexe, cohérent, demandant au joueur un ensemble d’action interessantes, ni basiques, ni manquant de profondeur. L’exemple typique serait un RPG japonais comme Final Fantasy, mettons le 6. Un excellent scénario, très bien developpé, des persos attachants, un système de combat profond. A l’opposé, vous avez tout simplement une floppée de mauvais jeux, ou même la plupart des MMORPG, qui proposent un gameplay très basique comparé à un jeu solo.
« quantité du contenu » s’entend plus par les choix à la disposition du joueur que la pure durée de vie. Une seule trame, une unique manière de faire le jeu, avec de très faibles variations d’une partie à l’autre, d’un joueur à l’autre ou le contraire ? Dans un cas, on trouve le même Final Fantasy, à l’opposé, un Fallout ou un Morrowind.
« taux de bug« , à comprendre comme un taux. Un MMO a nécessairement des bugs, mais comparé au contenu, il peut en avoir peu (World of warcraft). Un jeu a taux de bug démentiel : Daggerfall.
Un RPG ne peut exceller dans ces trois aspects. Un contenu de qualité et présent en quantité (Vampire : Bloodlines) appelle des bugs délirants. Un contenu de qualité et peu bugé (Final Fantasy) appelle une pauvreté dans la quantité de choix. Un contenu propre et de quantité (World of warcraft) implique une qualité de merde.
Historiquement, le RPG PC tendait vers la quantité, gardant un équilibre entre quantité et qualité. Un jeu PC peut se permettre d’être un peu bugé. Les patch sont là pour ça. Il ne doit pas trop abuser, sous peine de gros problèmes commerciaux. Daggerfall était infinissable à sa release (le joueur devait trouver la corne d’une licorne. On lui indiquait un donjon. Le mauvais donjon. Il y a des centaines de donjons dans le jeu. Un donjon moyen compte une cinquantaine de salles. Capito ?). La montée en puissance des consoles a placé encore plus haut le niveau de propreté à atteindre : un Vampire : Bloodlines a raté son succès mérité, car très bugé, un Witcher a été déscendu par une pseudo presse alors qu’il était jouable. Fallout est à mon sens la synthèse ultime : un peu moins de qualité dans les trames sans les sacrifier, de vrais choix en nombre et des bug supportables.
Le RPG console, lui, a toujours misé sur la qualité et non la quantité. Un jeu console ne doit pas buger. Impossible jusqu’à récemment de patcher, donc abandon de fait de la quantité dans le contenu. Un FF est très linéaire. Offrir du choix, c’est créer du bug ou diminuer la qualité de ces choix par rapport à une trame unique.
Depuis quelques années, les studios de RPG PC lorgnent vers la console. Ils se sont donc adaptés en castrant de fait la quantité, sans vraiment oser le dire. Mass Effect est le résultat logique de cette évolution : gros effort sur la narration et le scénario, illusion du choix dans la quête principale. Nombreuses quètes secondaires pour l’effet « quantité », mais avec une qualité naze. Finalement, argent mis à part, je ne perds pas grand-chose.
Avec le budget énorme des jeux next gen, un studio arrivera peut-être, un jour, à briser cette malédiction et offrir un contenu riche, intéressant et stable aux joueurs. Le seul qui me semble sur ce chemin est celui qui nous a offert le très bon Witcher avec trois francs six sous. Le prochain épisode, fort du succès du premier, aura un budget digne de ce nom. Nous aurons peut-être l’équivalent d’un Baldur’s 2 pour le 1, avant que le studio ne sombre dans le Biowarisme et attaque le marché des joueurs console.


