Le Disque-Monde pour les noobs
1/ Qu’est ce que le Disque-Monde?
Les annales du Disque-Monde constituent l’œuvre principale de Terry Pratchett, commencée voilà plus de vingt ans et continuée encore de nos jours, hélas plus pour très longtemps. En Angleterre, la série connait un succès immense, certains livres ont été adaptés au théâtre, joués par des troupes professionnelles, et des produits dérivés crées (je veux une écharpe de l’Université de l’Invisible). En France, les livres se vendent assez bien pour mériter une tête de gondole systématique au rayon Fantasy/SF de ma Fnac.
Il s’agit donc de Fantasy, avec des elfes, des nains, des trolls, de la magie et la plupart des poncifs obligatoires du genre. La comparaison s’arrête là : les livres de Pratchett s’inscrivent dans la droite lignée des humoristes anglais, comme Douglas Adams pour la Science Fiction. L’esprit des Monty Python plane sur la saga. Saga est d’ailleurs un mot très mal choisi, le Disque-Monde prenant à contrepied les stéréotypes de la Fantasy à la Tolkien. Point de héros puissants, de quêtes épiques, mais une galerie d’histoires burlesques et de antihéros souvent ridicules. Rire avant tout donc, mais, comme souvent avec l’humour anglais, la satire sociale n’est jamais loin et le Disque-Monde est bien plus profond que la majorité des sagas du genre.
Malgré de très nombreux fans, qui se reconnaissent par une référence, un détail, le Disque-Monde n’est pas vraiment représenté à sa juste valeur sur la blogosphère francophone. Plutôt que de se focaliser sur une intrigue unique et de la développer sur plusieurs volumes, comme souvent dans la fantasy traditionnelle, Pratchett multiplie les histoires, les personnages et chaque tome peut se lire indépendamment. Toutefois, l’univers a une grande cohérence chronologique et divers « arcs » se concentrent sur les mêmes protagonistes. Il n’est donc pas évident de se lancer dans une aventure qui peut amener à la lecture de dizaines de tomes, d’autant que les réponses données par les fans à des questions apparemment simple comme « VO ou VF ? » ou « par où commencer ? » sont souvent confuses. Cette rapide FAQ tente donc d’apporter des réponses aux questions les plus courantes.
2/ Dix raisons de m’y mettre dés aujourd’hui
- apprendre qu’il ne faut jamais traiter de singe le bibliothécaire de l’université de l’invisible. Les Orang-outang sont des anthropoïdes et disposer de quatre membres préhensiles est un atout non négligeable dans le métier (au passage, l’une des rares faiblesses de traduction, Monkey/ape passant mieux).
- comprendre pourquoi vous devez changer de trottoir si vous croisez un bagage en Poirier Savant. Sorte de coffre se muant sur des milliers de petites pattes, il peut vous croquer avec ses dents aiguisées et, quelques minutes après, présenter un linge parfaitement plié à son maître.
- découvrir que La Mort est masculin ET S’EXPRIME EN CAPS LOCK.
- savoir enfin ce qu’il en est des naines, si peu présentes dans la littérature fantastique. Le fait qu’elles portent une barbe, une cote de maille et une hache n’aide pas à leur reconnaissance.
- halluciner devant le réseau internet du Disque-Monde. Srsly.
- réaliser enfin ce que sont vraiment les elfes : des créatures stupides, cruelles et nuisibles.
- réhabiliter les trolls, qui ne sont bêtes que par un manque de refroidissement, leur cerveau en silicium fonctionnant comme un processeur.
- visiter les nombreuses guildes ayant pignon sur rue à Ankh Morpork, comme la guilde des assassins, la guilde des voleurs, la guilde des mendiants ou celle des couturières (en fait, des dames à l’affection négociable).
- assimiler le reflexe qui sauve en matière de justice : M. Biaiseux, le meilleur avocat du Disque, est un zombie, et vivre depuis 1000 ans est un atout non négligeable pour maîtriser les diverses lois que tous ont oublié. Qu’il perde un membre de temps en temps n’est guère gênant.
- ook.

3/ Dans quelle langue les lire?
L’éternel débat entre, d’un coté, les snobs intégristes ne jurant que par l’original et, de l’autre, ceux qui préfèrent ne pas se pourrir la vie et apprécier ce qu’ils lisent, n’a à mon sens pas lieu d’être. Lire le Disque-Monde en Anglais n’est pas facile, Pratchett multipliant les références culturelles, les jeux de mots parfois ardus, les dialogues en argot ou avec un accent, bref tout un tas de petites difficultés empêchant le Français lambda de bien comprendre. Par lambda, j’entends « j’ai lu un livre en anglais dans ma vie et c’était Harry Potter ». Rien d’impossible toutefois, je n’ai pas un Master d’Oxford et je lis Pratchett en VO sans problèmes. Soyez cependant prévenus.
Heureusement, la traduction française, assurée par Patrick Couton, est excellentes, l’une des meilleures qui soit pour le genre. N’hésitant pas à adapter à notre langue ou notre culture les références, à convertir les jeux de mots, ce mec est vraiment doué, et, pour avoir lu l’ensemble des tomes dans les deux versions, je peux vous assurer que le job est bien fait. Hérésie suprême, je préfère souvent ses titres, plus fins que les originaux. Un de mes jeux est d’ailleurs d’anticiper la traduction des titres, d’imaginer ce qu’il va bien pouvoir inventer et, rien à faire, il est invincible. Le choix dépend donc avant tout de votre niveau d’anglais.
4/ Quelle édition choisir?

Il existe deux éditions françaises, celles qui intéresseront le plus de monde. Les nouveaux tomes paraissent d’abord chez l’Atalante, l’un des meilleurs éditeurs, qui propose un papier épais, une fonte claire et de belles couvertures cartonnées pour 18/20 euros.L’Atalante édite aussi Glenn Cook et sa Compagnie Noire, si vous connaissez. Par la suite, les livres sont publiés chez Pocket, affublés donc de ces horribles couvertures argentées qui crient « la fantasy et un sous genre littéraire pour adolescents attardés » mais qui ne valent que 6-8 euros. Notez quand même que Pocket est en très très net progrès par rapport aux horreurs d’il y a quelques années. Les deux éditions reprennent les magnifiques illustrations originales, mais l’Atalante seul les propose au recto, verso et tranche. Chez nos amis anglais, c’est du Harper, mais inutile de détailler puisque les bouquins de la perfide albion ont la sale tendance de tous se ressembler, heureusement pas trop chers.
5/ Autour des Annales
La majorité des bouquins du Disque-Monde appartiennent à la série des annales, ciblant les adultes. Pratchett a diversifié sa production, avec des romans pour les plus jeunes, que je n’ai pas lu, et divers livres dérivés, en particulier un Vade-Mecum, excellent dictionnaire des personnages, lieux et institutions de son univers, indispensable pour le fan. Il existe aussi une série sur la science du disque, de vulgarisation scientifique, assez inégaux. Enfin, deux des livres des annales sont des romans richement illustrés, plus courts. Ah, oui, des nouvelles aussi. Je n’évoque pas les jeux vidéo, les pièces de théatre, les cartes, les séries animées, les produits dérivés, la bière du Disque, etc.
6/ Par où commencer ?
La grande question. Différents points sont à prendre en considération :
- Chaque livre est une histoire indépendante avec un début et une fin
- Certain personnages ou groupes de personnages sont récurrents et héros de plusieurs romans. Ces derniers restent indépendants, mais l’évolution des caractères existent. Mieux vaut les prendre dans le bon ordre.
- Le monde de Pratchett évolue vraiment tout au long de la série, il existe donc une réelle chronologie de l’ensemble. Un Tome peut ainsi évoquer les conséquences d’une invention datant de quelques volumes.
- Les deux premiers livres sont à part car un peu différents du reste de la série. Ils présentent l’univers, mais le ton général est nettement plus délirant et encore moins sérieux que le reste. Ainsi, ils ne sont pas vraiment représentatifs de la suite, certains les adorant et aimant moins le reste, d’autres ne les appréciant que peu.
De ces différents points, je dégage l’opinion suivante : ne pas commencer par les deux premiers volumes, commencer par un début d’arc, ne pas commencer par un livre se situant tard chronologiquement. Aussi, je vous conseille d’attaquer par Mortimer, Au Guet ! ou la Huitième Fille.
7/ Les différents arcs narratifs
Afin de vous aider dans vos choix, voici une rapide présentation des arcs et personnages majeurs, sans gros spoil, avec la liste des romans concernés, dans l’ordre, en VF et VO.

Rincevent
Antihéros par excellente, c’est le premier personnage introduit par Pratchett, le chouchou de nombreux fans. Rincevent est un mage raté, malchanceux, peureux, lâche, fuyard, sans réelles qualités. Ses aventures sont généralement centrées sur le voyage, occasion pour Pratchett de nous trimballer un peu dans le Disque et de nous faire découvrir les traditions stupides des pays et dimensions (Rince fait un petit tour en enfer au hasard de ses diverses fuites). Heureusement, il est accompagné par le bagage, l’accessoire de voyage le plus dangereux de l’univers. Pour ceux qui connaissent les deux premiers jeux Discworld, c’est lui le zéro.
La huitième couleur / Le Huitième Sortilège / Sourcellerie / Eric / Les Tribulation d’un mage en Aurient / Le Dernier Continent / Le Dernier Héros
The Colour of Magic / The Light Fantastic / Sourcery / Eric / Interesting Times / The Last Continent / The Last Hero

Les sorcières
Centrés sur un convent de sorcières paumé dans un petit village perdu dans les montagnes, les livres de cet arc mobilisent souvent les traditions, contes, légendes et autre folklore pour mieux les détourner. Elles croiseront ainsi des elfes, des vampires, des créatures mythiques et autre joyeusetés. Ce sont aussi des romans résolument ruraux, en nette opposition avec les histoires du Guet, elles très urbaines. Pratchett semble hélas les avoir mis à la retraite et perpétue leurs aventures via ses romans jeunesses, mettant en scène une jeune sorcière.
La Huitième Fille / Trois Soeurcières / Mécomptes de Fées / Nobliaux et Sorcières / Masquarade / Carpe Jugulum
Equal Rites / Wyrd Sisters / Witches Abroad / Lords and Ladies / Maskerade / Carpe Jugulum

La Mort
La Mort est une série en fait séparée en deux parties, d’abord sur la Mort lui-même (oui, La Mort est masculin), puis sur sa petite-fille (oui, La Mort a une petite fille). Quand un être vivant décède sur le Disque-Monde, un grand squelette vêtu d’une cape noire et portant une grande faux vient faire la transition entre la vie et l’après vie. Hélas, à force de fréquenter les hommes, La Mort a tendance à dérailler et faire un peu n’importe quoi, jusqu’à ce mettre en grève. Je conseille souvent Mortimer comme première lecture du Disque, c’est un livre court et assez bon pour encourager à lire la suite, Le Faucheur, l’un des meilleurs.
Mortimer / Le Faucheur / Accrocs du Roc / Le Père Porcher / (Procastination) ce dernier n’est pas à proprement parler de la série sur La Mort, mais un peu quand même.
Mort / Reaper Man / Soul Music / Hogfather / (Thief of Time)

Le Guet
Sans doute la série favorite de l’auteur, narrant la vie de la police de la plus grande ville du monde, Ankh Morpork. Cette dernière est d’ailleurs l’unique vraie héroïne du Disque, Le Guet n’étant que l’occasion de mieux la visiter, la comprendre et en rire. Petit à petit, la série évolue du policier vers le politique, pour livrer des monuments comme Va-t-en guerre. Les plus célèbres membres du Guet sont le Comissaire Samuel Vimaire, le Capitaine Carotte (un nain techniquement humain, ou le contraire), le Sergent Angua (un peu cabotine) et l’inénérable Caporal Chiquard Chique (légalement humain).
Guards ! / Men At Arms / Feet of Clay / Jingo / The Fith Elephant / Night Watch / Thud !
Au Guet ! / Le Guet des Orfèvres / Pieds d’Argile / Va-t-en guerre / Le Cinquième Eléphant / Ronde de Nuit / Jeux de Nain

Le reste
La plupart des autres romans sont strictement indépendants, souvent centrées sur une thématique précise, comme la religion (les petits dieux) ou le cinéma (les zinzins d’olive oued), à l’exception du dernier personnage crée par Pratchett, Moist Von Lipwig, qui sera bientôt un véritable arc à lui tout seul, avec deux tomes et un troisième prévu.
Pyramides / Les Petits Dieux / Les Zinzins d’Olive Oued / La Vérité / Le Régiment Monstrueux / Timbré! / Making Money (non traduit)
Pyramids / Small Gods / Moving Pictures / The Truth / Monstrous Regiment / Going Postal / Making Money
8/ pourquoi huit question?
Parce qu’il y a huit couleurs. Vous ne connaissez pas l’Octarine? Allez, hop, foncez chez votre libraire.



