Nouveaux Regards MAJ 29/05
La télévision est un média formidable, souvent snobé à tort par ses contempteurs, pointant malhonnêtement les diverses émissions stupides des chaines privées. Ces mêmes émissions servent aussi d’argument aux téléspectateurs bobo sélectifs qui glorifient le service public et conchient la bêtise de TF1, M6 et leurs petites sœurs batardes de la TNT. Critiques faciles, leur incapacité à dépasser ce snobisme les empêche d’apprécier ces chef d’œuvres du paysage audiovisuel français que sont Confessions Intimes, le Grand Frère ou Zone Interdite. Il suffit de ne pas y avoir du journalisme mais plutôt un simple divertissement exploitant sans vergogne la connerie humaine.
Inversement, le service public est bien souvent détestable. Sous couvert de culture, de sérieux et de journalisme, ils sont généralement au même niveau que leurs voisins de télécommande. Envoyé Spécial est plus spécieux que sérieux, avec ses reportages bâclés et orientés, le journal télévision de Pujadas reprend les mêmes sujets que celui de la blonde, traités de la même manière. Tout, jusqu’au théâtre, est mal réalisé, sans même évoquer l’horreur ultime, le football sur France Télévision. France 4 reste ainsi dans les mémoires comme la chaine des rediffusions interminables de « un gars une fille » (un peu comme W9 = les Simpsons) et comme les criminels qui ont engagé Louise Ekland, ancienne faire-valoir de Julien sur Gameone, choisie parce qu’anglaise et pas trop mal (pour une anglaise, heureusement qu’elle n’est pas suédoise) pour… commenter les quelques matchs de football sur la chaine. Le résultat est une catastrophe, le téléspectateur en apprend plus sur la coupe de David Beckham que sur le ballon, et entendre une voix féminine pendant la partie impose au malheureux footeux de se retourner régulièrement pour vérifier si ce n’est pas sa chair et molle qui gueule.

Et puis… il y a « nouveaux regards », et plus particulièrement les reportages d’Olivier Delacroix. Nouveaux regards, c’est un rendez-vous hebdomadaire présenté par Samuel Etienne (non, ne partez pas !) proposant un peu de tout en alternance, dont des documentaires. En gros, une fois par mois, c’est un 52 minutes d’Olivier Delacroix qui occupe l’émission, et, croyez le ou non, c’est ce qui est arrivé de mieux au journalisme depuis le journal télévision de Pierre « magic » Tchernia, en 1949 s’il vous plait. Delacroix, c’est, au premier abord, un guignol. La quarantaine vielle ou la cinquantaine jeune, mal rasé, portant nonchalamment une masse de dreadlocks sur le crane, retombant sur une de ces vieilles vestes militaire de surplus allemand. Tout de suite, il fait bien moins sérieux que mon idole, Bernard de la Villardière, qui trimballe ses pantalons chino impeccablement coupés et ses chemises sur mesure à 500 euros dans tous les bidonvilles de la planète pour son émission enquête exclusive. Olivier Delacroix ne fait donc pas tellement journaliste, et ça tombe bien, quand on constate ce qu’est devenue la profession de nos jours. Son truc, c’est les marginaux, au sens propre : toutes ces populations, tous ces microcosmes, plus ou moins vaste, évoluant en marge de la société des gens « normaux », costume cravate métro boulot wow porno dodo. A ce jour, il a tourné trois reportages, le premier s’intéressant aux pratiques de modifications corporelles extrêmes, le second au monde du culturisme, le troisième aux gothiques.
Alors là, vous imaginez chaque sujet traité par M6 ou TF1. Ca donnerait une orientation « ils sont tous chargés comme des mules ou un footballeur de la Juve » pour le culturisme ou « un mouvement sectaire et sataniste qui va vous prendre votre petit pour le manger » pour le gothisme. Ok, drôle, je serais le premier à en rire, mais pas vraiment informatif. Delacroix a une démarche totalement différente : il part du principe qu’il ne sait pas grand-chose, mis à part un ensemble d’idées reçues qu’il tient pour douteuses, et aborde son sujet via différentes rencontres, pour essayer de mieux comprendre ce qu’il en est. Pas d’orientation préalable, prendre son temps pour établir un véritable lien avec les gens, poser de bonnes questions, se faire un avis et enfin rendre le tout dans un reportage honnête. Impossible ? Non, il le fait, et mieux que bien.

Sa meilleure carte de visite, c’est sans doute son travail. Ses futurs « clients » peuvent constater qu’il ne cherche pas la sensation, mais la découverte. S’il n’hésite pas à aborder tous les sujets, dont ceux qui fâchent, il le fait petit à petit, en prenant des pincettes, sans s’imposer. Il LAISSE PARLER LES GENS (chose à peine croyable à la télévision, l’attention du téléspectateur ne dépassant pas les 12 secondes). Il évite les coups de pute, type réponses tronquées suivies d’un témoignage à charge au montage. Cette méthode, qui n’est pas tout à fait socratique mais s’en rapprocherait presque, lui donne accès à des univers fermés, méfiants car diabolisés et trahis par des années de télévision. De contact en contact, il peut rencontrer des personnes exceptionnelles (au sens propre), comme ces hallucinants vampires dans le reportage sur les gothiques. Petit à petit, il se forge une opinion qu’il expose, mais n’impose pas. Chacun a les éléments de réponse et est libre de se faire un avis. Personnellement, je pense toujours que les culturistes ont un petit penis et qu’il faudrait noyer les gothiques dans le Rhône, mais au moins, c’est en connaissance de cause.
Aussi, si un jour Olivier Delacroix te contacte, toi, otaku, parce qu’il me semble fort probable qu’il s’attaque à l’otakisme un jour, ouvre lui ta porte sans méfiance : personne, à la télévision française, ne pourra, aussi bien que lui, donner une image juste, sans cliché, de la japanimation et de ses amateurs en France.
PS : L’émission sur les gothiques est dispo sur le site tout naze de France 4.
PS2 : en raison d’un déménagement en préparation, démerdez vous pour corriger les fautes, je n’ai pas le temps et Raton désire que son dernier dating slime ne soit plus en haut.
MAJ 26/05 :
Aussi incroyable que cela puisse paraître, le héros de cet article, Olivier Delacroix, a débusqué soviet et aimerait en discuter. Après vérification, il s’agit bien de l’authentique reporter et non d’un quelconque fake, sans doute arrivé ici via google. Soviet est en effet étonnament bien classé sur la requète « nouveaux regards » (ce qui tendrait à inquièter quant à l’audience de l’émission, confirmant ainsi sa qualité).
Je vais donc tailler une petite bavette au téléphone avec Olivier et éventuellement l’orienter s’il est interessé vers des interlocuteurs plus pertinents pour parler des otaku, comme par exemple Raton ou Axel, ou même, s’il peut, lui proposer de passer à l’épitanime.
Bien sûr, vous serez tenus au courant de la suite des évenements.
MAJ 29/05 :
J’ai eu Olivier au téléphone rapidement. Il est actuellement bien occupé, en tournage, mais va me recontacter la semaine prochaine, afin de discuter un moment, poser quelques questions, etc. Il ne connait pas trop la japanime et tout ce qui s’y ratache, pourrait être interessé à priori mais veut logiquement en savoir plus, voir s’il y a de la matière et surtout si l’aventure le tente.
Pareil, y’aura une MAJ quand j’aurai plus à vous dire.


