Soviet Voice

Vaut-il mieux qu’un tas d’idiots crée un cerveau génial ou que les gens moyens continuent d’être élevés par quelques génies? (par Ziell)

En attendant que je vous fournisse mes textes sur la Tunisie et les anime à faire regarder à quelqu’un qui en est étranger, voici un sujet sérieux, intéressant, et dans l’air du temps, proposé par un camarade du net de longue surnommé Ziell.

Vous aurez sûrement vu ce débat dans quelques magasines de business ou de science vers mai à juin, en ces temps de succès des réseaux sociaux ou de prospérité du net 2.0.  Mais parce que Soviet Voice est fréquenté par des geeks, des otaks et sûrement des technophiles, il sera sûrement intéressant d’avoir vos réactions et commentaires ici et en direct. Ce débat, c’est le vôtre.

Maintenant, je laisse place au texte de Ziell.

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C’est un sujet qui me préoccupe assez régulièrement, ça a pris de l’ampleur l’an passé lorsque j’ai connu un tournant dans mes préoccupations professionnelles (il y a 2-3 ans j’étais convaincu que j’allais bien m’amuser en travaillant dans le numérique et aujourd’hui je vomis cette idée, en considérant que ma sagesse ne se trouve que dans mon éloignement de la haute technologie, pour les raisons qui vont suivre) mais dans le fond ça trouve ses racines bien plus loin, dans le simple fait que j’aie toujours aimé (plus ou moins) me prendre la tête sur des sujets (plus ou moins) à la con. Lubie que je considère la plupart du temps comme une qualité, et dont j’ai peur qu’elle se perde avec le temps, avec les gens.

Pour résumer le topo : tel que je le perçois, le scénario catastrophe narré dans des divertissements tels que genre Matrix ou Battlestar Galactica prend forme. L’homme devient dépendant de la machine qu’il a créée, une machine certes plus forte que des dizaines, centaines d’hommes, et bien plus efficace, mais dont la puissance intellectuelle ôte à ses créateurs le sentiment d’avoir besoin d’être fort individuellement (sur un plan intellectuel). Ce qu’on peut aussi appeler l’instinct de survie.

Tout le long de son existence, l’humanité a créé une forme d’intelligence collective, en relatant son savoir, sur un nombre de champs d’expertise énorme, dans des ouvrages, des manuscrits, des schémas, et plus récemment des vidéos et des enregistrements sonores.
Mais jamais autant qu’aux XXe et XXIe siècles le savoir n’a été aussi accessible. C’est un gain de temps lorsqu’il s’agit d’obtenir une réponse précise, mais ça présente aussi le terrible inconvénient de sauter l’étape la plus importante de la recherche d’une réponse : le cheminement. Savoir comment ça fonctionne, même/au moins en surface.

C’est ce qu’on explique aux collégiens lorsqu’ils obtiennent des calculatrices et qu’on commence à s’intéresser davantage à leur raisonnement qu’à leurs capacités de calcul mental : ce qui compte, c’est la démarche. Mieux vaut avoir eu un raisonnement juste pour un résultat faux, pour une quelconque erreur de calcul, qu’un résultat juste issu d’un cheminement bref, louche et/ou incompréhensible.

Autrefois/Jadis/Naguère, ou plus simplement normalement toute recherche se décompos(er)ait en plusieurs étapes :
- on constate/observe un problème, le sujet d’une intrigue
- on formule la problématique
- on définit des champs de recherche (très important ; si on ne connaît pas la signification du mot « quincaillerie », on peut mettre un temps fou à trouver une boîte de vis dans un hypermarché.)
- on fouille, on fouine plus moins longtemps
- on trouve
- et peut-être qu’en chemin on aura appris d’autres détails

Aujourd’hui, bien souvent une recherche se déroule ainsi :
- on constate/observe un problème, le sujet d’une intrigue
- on formule la problématique
- on la soumet à un moteur de recherche
- on la reformule si on ne trouve pas (usage d’autres termes, d’autres langues, etc.)
- on trouve, facilement
- et peut-être qu’en chemin on aura appris d’autres détails, sauf que le format écran incite moins à la lecture qu’un livre, et que généralement les informations sur le Web sont moins spécialisées (qu’on sache ou non bien chercher).

Je ne nie pas que c’est assez génial, le fait d’avoir ainsi accès à une bibliothèque intelligente, permettant de retrouver un même contenu de plein de façons différentes. Mais quand ça vire au réflexe, et qu’on en vient à ne plus s’intéresser qu’au résultat sans passer par des acquisitions de connaissances de façon empirique, on court surtout vers l’abrutissement individuel de la population au service de la création d’une intelligence collective, plus forte et plus efficace certes, mais dont les neurones perdent en qualités individuelles.

Du coup on va se trouver (pour caricaturer au maximum) soit face à une population de gens moyens sachant tous la même chose, c’est-à-dire peu, et faisant appel au « cerveau collectif » pour leurs besoins plus spécifiques, soit face à une population de spécialistes, tellement spécialisés qu’ils ne sauront faire qu’une chose et auront perdu en polyvalence.
Ce second schéma est probablement plus sain, mais là on entre dans un autre débat, celui de savoir si, sur une population de 1000 personnes, il vaut mieux prendre le risque d’avoir 5 personnes qui savent construire un avion de A à Z ou bien prendre le risque d’avoir les 1000 qui savent « un petit peu » construire un avion, mais cela suffira-t-il à en finir un ?…

En gros, mon inquiétude vient du fait que je trouve ça très inquiétant que les jeunes générations en cours (-de 30 ans on va dire) soient autant blasés par les produits (les résultats) de la haute technologie quand pas un quart ne serait capable de construire une simple roue en bois solide.

De là, réapprendre à s’émerveiller des choses qui aujourd’hui nous paraissent simples, mais hier ne l’étaient pas (car elles sont issues d’un cheminement, elles sont donc un aboutissement), est peut-être le meilleur moyen pour éviter un abaissement intellectuel global de la population.

Après, je suis conscient qu’au Moyen-Âge par exemple, la population était encore en grande partie constituée d’imbéciles, et une poignée d’hommes ont fait avancer l’humanité. Mais je ne pense pas qu’on puisse parler en bien de cette époque sur le plan du bien-être des hommes en général

Je fais aussi le rapprochement aux gens qui se gavent de médicaments. Les médocs, les vaccins, c’est bien, ça protège. Mais ça affaiblit aussi l’homme, il se crée une bulle dont il ne pourra plus sortir s’il continue, c’est certain. Là encore, débat impossible : vaut-il mieux 5 être humains très forts et très résistants ou bien 50 êtres humains faibles… c’est là un autre sujet mais ce n’est que la version « dépendance physique » du problème de dépendance intellectuelle, d’abandon de l’effort intellectuel décrit plus haut.


17 commentaires to “Vaut-il mieux qu’un tas d’idiots crée un cerveau génial ou que les gens moyens continuent d’être élevés par quelques génies? (par Ziell)”

  1. Avatarplouf
    1

    Ce schéma deviendrait vraiment inquiétant si les lieux du savoir spécialisés disparaissaient bouffés par une encyclopédie online délivrant la pédagogie à distance. Chose déjà en cours (article récent d’un vieux qui aime s’écouter parler: http://www.cringely.com/2009/09/burn-baby-burn/ ).

    Que ce soit pour les béquilles physiques ou intellectuelles, et tant que l’on s’interroge à l’échelle de l’humanité, je ne pense pas qu’il faille s’en faire : si les béquilles disparaissent, les pressions de sélection « naturelle » d’origine reprendront leur droit (d’origine, parce qu’il y a bien sur d’autres pressions à l’oeuvre dans nos sociétés modernes). Tant que le pool reste suffisament grand la population retrouvera certains « mutants »/variants capables de survivre à ces conditions. A voir sous un jour probabiliste, puisqu’il est vrai que demain un virus tueur peut tout emporter, un astéroide nous défoncer, etc…

    On pourrait soutenir l’hypothèse inverse en supposant une homogénéisation accrue par les flux migratoires incessant, et l’incapacité de la population à générer suffisament de ces variants de secours avec le seul niveau de mutations aléatoires qui surviennent en chaque individu. Mais cette objection ne me semble pas valable pour les pressions issues d’un effondrement du savoir, nos systèmes technologiques ne nous ont pas encore suffisament éloignés/abstraits de la biosphère d’origine pour provoquer une décimation complète en cas de « panne d’internet ».

    In brief : globalement d’accord.

  2. AvatarEtsilihin
    2

    Ton cheminement est faux. Avant, lorsqu’on avais un problème, on faisais appel à un professionnel, seul détenteur des connaissances pour le résoudre. On le fait encore, mais, pour les problèmes les plus simples, on a accès directement aux informations plutôt que de s’encombrer de l’intermédiaire.

    >>En gros, mon inquiétude vient du fait que je trouve ça très inquiétant que les jeunes générations en cours (-de 30 ans on va dire) soient autant blasés par les produits (les résultats) de la haute technologie quand pas un quart ne serait capable de construire une simple roue en bois solide.

    Tu n’a aucune source là dessus. Fabriquer une roue en bois est sans aucun doute à la portée d’une bonne moitié de la population actuelle. Ce serais sans doute pénible et laborieux, mais ils y arriveraient.

    >>abaissement intellectuel global de la population.

    Ca fait 2000 ans que ça dure, ton abaissement intellectuel global…

    >>Je fais aussi le rapprochement aux gens qui se gavent de médicaments. Les médocs, les vaccins, c’est bien, ça protège. Mais ça affaiblit aussi l’homme, il se crée une bulle dont il ne pourra plus sortir s’il continue, c’est certain.
    Seule partie où je suis à peu prêt d’accord avec toi. Mais je n’y vois pas vraiment un inconvénient. Je peux me tromper, mais il me semble que, lorsqu’un antibiotique entraine une mutation du virus pour que celui-ci y survive, ça emmerde ceux qui prenaient des antibiotiques. Pour les autres, ça reste la même merde à laquelle ils sont habitués à résister depuis longtemps.

  3. AvatarPutois Putassier
    3

    La question c’est pouvons nous agir ? L’homme peut-il aller contre sa nature qui le guide vers l’effort zero, quand bien même il le rendrait malheureux ? Nous avons évolué avec un niveau scientifique assez ridicule. Il l’est d’ailleurs encore. (Nous n’avons pas mis les pieds plus loin que la Lune… Alors qu’il nous faudra probablement émigrer vers un autre système solaire dans un futur lointain, si nous existons toujours.)

    On se retrouve donc avec un comportement dicté par des millions d’années d’évolution mais qui n’est plus applicable en l’essence de nos jours: la recherche du moindre effort. Et plus la science ira en progressant plus cette question (et celle de la recherche de l’humain parfait avec l’eugénisme par exemple) sera à l’ordre du jour.

    L’effort est nécessaire (ou a été rendu nécessaire par l’habitude) à notre espèce, seulement dans un contexte difficile il était bien trop lourd pour le corps et pour l’esprit et occupait une grande partie de notre attention et de notre activité qui nous le montrait que comme nuisible.

    Le problème de nos jours c’est que cet effort est en train de disparaitre, laissant se dévoiler d’autres préoccupations alors que nous n’y sommes pas habitué. Car c’est un fait, l’absence d’effort rend malheureux.

    Dilemme donc. Si nous suivons notre instinct, nous souffrons de notre manque « d’exercice » (physique aussi) => ennui, non sens de la vie.

    De l’autre côté, l’effort est désagréable de par la perte de temps qu’il représente alors que c’est justement le facteur temps qui nous condamne. (Et bien sûr, l’effort est désagréable par nature, enfin, à travers notre nature.)

    Finalement aucune des deux solutions n’est adaptée. Rejeter la science c’est nous condamner. Rejeter l’effort c’est nous perdre.

    Ainsi il faut trouver de nouvelles solutions, des compromis face à l’inédit. Mais cela n’arrivera pas vraiment. L’homme suivra son instinct et ce sera encore la sélection naturelle qui rentrera en jeux et désignera le parti gagnant seulement les critères de cette sélection seront différents. Plus de question de position debout facilitant la perception de prédateurs, plus de question de corpulence importante démontrant une supériorité physique, ici ce sera ceux qui seront les mieux adaptés à la vie moderne qui s’imposeront. On est déjà en plein dedans. Le simple fait que l’homme travaille à la chaine en est la meilleure preuve, quel comportement plus contre nature pour un homme que de travailler à la chaine ? Et pourtant il le fait, parce que les lois ont changées avec l’arrivée de la science. Pour le meilleure et pour le pire.

    Je suis un peu défaitiste, mais je ne crois pas en un gain de sagesse de l’humanité dans le contexte actuelle. La philosophie n’est plus considérée comme par le passé. Avant les gens ne comprenaient pas mais étaient conscient (ou du moins croyaient) que la philosophie était une « science ». De nos jours la philo c’est « barbant » et « inutile », c’est « pour les gens qui réfléchissent trop ». Alors les « bases » n’écoutent plus les « élites » intellectuelles. Il n’y aura plus de vrai idéologie avant longtemps. Et ce n’est pas la minorité qui utilise internet pour réfléchir qui réussira à changer cette donne. Enfin, c’est un sentiment personnel basé sur l’observation de mon entourage. (Je viens d’un milieu « modeste », je connais bien la « base » dont je parle)

    Et puis, il y a cette quête du plaisir qui abruti. Qui fait se bourrer la gueule plusieurs fois par semaines à des jeunes gens intelligents ou pas. Qui fait mater du porn plutôt que de s’instruire sur le net. Qui fait se perdre dans des animes à excès. Instinct. Encore. Et que les meneurs actuels ont bien appris à utiliser. Le « travailler plus pour gagner plus » se base sur cette quête du plaisir tout en flattant l’idée du travail comme valeur (idée somme toute assez récente dans nos sociétés occidentales, lisez Proust vous verrez.). Plus de travail => plus d’argent => plus de plaisirs. (plus d’animes, plus de films, plus de golf, plus de voitures, plus d’argent sur le compte (oui là on tourne en boucle).

    Alors il ne reste plus que l’initiative et la mesure personnelle. Et si on a de la chance certains groupes qui correspondent à nos idées. (moi je n’ai pas trouvé.)

    J’ai un peu dévié du sujet central, mais pour moi c’est un tout. (Et je n’ai pas abordé réellement l’inégalité qui en découlera dans le non accès d’un grand nombre à la technologie. C’est déjà le cas, et je vois mal ce point s’arranger.)

  4. AvatarTypy
    4

    On avait pas déjà ce genre de débat à l’invention de l’écriture ? Socrate disait que l’écriture rendait bête, parce qu’on avait accès à trop d’information, et qu’on ne fesait plus aucun effort pour les retenir.

    Etsilihin > ça me semble être un jeu assez rigolo d’essayer. Vous faites quoi la semaine prochaine ? On fait un concour de roue ?

    « Car c’est un fait, l’absence d’effort rend malheureux. » En fait, c’est le seul vrai problème. C’est quelque chose qui me laisse perplexe : notre pays tourne avec 70% (voir moins) de population active, et au lieu de dire « mais c’est formidable de pouvoir ne rien faire et d’avoir à manger quand même! Youpi, venez tous chez nous, on est les plus heureux ! » tout le monde se plaint d’avoir pas de travail. Heu, bref. Je suis d’accord avec toi, l’effort rend heureux, mais spontanément, on pense le contraire. Donc on fait rien. Et on est malheureux sans savoir pourquoi.

  5. AvatarEtsilihin
    5

    >>Avant les gens ne comprenaient pas mais étaient conscient (ou du moins croyaient) que la philosophie était une « science» .

    Tu te laisse aveugler par une vision fantasmé de « avant ». D’autant plus que la philosophie est loin d’être le domaine ayant le plus progressé depuis. Il est donc logique qu’elle soit mise de coté. Une discipline qui n’évolue pas est d’un intérêt limité.

    >>Alors les « bases» n’écoutent plus les « élites» intellectuelles.
    HURR DURR TOUT LE MONDE EST CON.

    >>Et puis, il y a cette quête du plaisir qui abruti. [blablabla]
    Une rhétorique bien pauvre. Le jour où tu comprendras que tu fait partie des gens et que ces derniers sont, fondamentalement, similaires à ton auguste personne, tu arrêteras peut être de vomir ton discours de « gamin-de-16-ans-qui-se-crois-plus-intelligent-que-tout-le-monde » (je ne dis pas que tu a 16 ans. Juste que c’est le genre de conneries que je sortais à cet âge là).

  6. Avatarrbs
    6

    On développe une dépendance physique depuis la domestication du feu (chaleur et cuisine), la création d’armes, de vêtements et ce genre de choses. Il y a quelques millénaires, on était déjà loin de l’animal initial (beaucoup plus faible physiquement).

    Plus la technologie et les connaissances croissent, moins un individu peut prétendre en maîtriser sa globalité. La spécialisation ne date pas d’aujourd’hui, même si c’était plus pour le « savoir-faire » que le savoir en lui même, c’est à dire les détails d’implémentation et le coup de main.

    En gros, on s’adapte au milieu dans lequel on vit.
    S’il y a un cataclysme ou autre, ce milieu changera et y aura des dégâts (directs et indirects).
    Certes, on risque de tomber de plus haut, mais je ne vois pas ce qui est vraiment nouveau (ou alors il y a quelque chose que je n’ai pas saisi).

    Il doit y avoir moyen de trouver des textes de l’antiquité qui racontent exactement la même chose…

  7. AvatarPutois Putassier
    7

    Etsihilin => Je suis tout à fait conscient de faire partie des gens. Je suis conscient de mon très pauvre niveau intellectuel et culturel. Je suis de même conscient que je suis très loin de tout faire pour m’améliorer, en partie parce que je m’abrutis bien TROP* avec les loisirs. C’est pour cette raison que je ne regardes plus la TV, entre autres. (* parce que le plaisir c’est important aussi)

    Tout le monde n’est pas persuadé d’être mieux que les autres. Et je suis tout à fait capable d’autocritique, même si je suis aussi conscient que je ne vois pas encore tous mes défauts et que je n’y parviendrais probablement jamais, comme tout le monde. (Ce qui est assez pénible à vivre, finalement. Mais au moins je suis conscient d’être encore bien stupide.)

    Et oui énormément de personnes sont connes. Ce n’est pas quelques exceptions rencontrées sur le net et dans la vie plus généralement qui me font oublier la frange assez énorme de crétins qui peuplent la terre. Et encore une fois, je ne suis vraiment pas certain de ne pas en faire partie.

    Sur la non avancée de la philosophie, je n’en suis pas certain. Après, sur ce coup là, j’avoue que je ne m’y connais pas assez. (Mais c’est une science qui est développée depuis des milliers d’années et qui ne se trouve pas aidée par la technologie contrairement aux sciences telles qu’on les entends en général => physique, maths, biologie etc.)

  8. AvatarNatth
    8

    les jeunes générations en cours (-de 30 ans on va dire) soient autant blasés par les produits (les résultats) de la haute technologie quand pas un quart ne serait capable de construire une simple roue en bois solide. >> J’aurais plutôt tendance à y voir un déplacement du savoir, lié à l’évolution de la société. Les gens savent ce qui s’avère utile pour eux : hier les roues, aujourd’hui l’usage des hautes technologies, demain… ? Quant à la capacité de fascination, elle me paraît directement liée au manque d’habitude. Peut-être que ça fascinerait les p’tits jeunes d’assister à la fabrication d’une roue :D

    Globalement, je crois que la façon de réagir reste la même, mais elle ne se dirige plus sur les mêmes objets (j’ai l’impression de ne pas être très claire là ^^ » ).

    Sinon, j’ai l’impression qu’on a toujours été dépendant de quelque chose : à une époque, on crevait de faim en cas de dérèglement du climat, aujourd’hui une partie des sociétés actuelles s’écrouleraient si on ne soutenait pas les banques (cf la dernière crise)… Il est sans doute possible de vivre encore de façon totalement indépendante de la technologie et auto-suffisante, mais c’est loin d’être l’envie de tout le monde. Et n’y aurait-il pas un risque de stagnation dans ce mode de vie ? L’être humain pourrait-il supporter cette stagnation, cette non-évolution ou ce manque de changement ? Bref…

    En gros, l’être humain est-il capable de se développer sans béquille ? Et, arrivé à un certain stade de développement dans un domaine (je ne parle pas de développement qualitatif, je ne dis pas que la dépendance à la technologie est une bonne chose), n’est-on pas obligé de devenir très dépendant si on veut aller plus loin dans ce domaine (ce qui n’est pas forcément bon pour l’homme, mais c’est une autre histoire) ? L’espèce humaine ne se développant que très lentement, elle ne va pas aussi vite que la technologie, donc je pense qu’elle devient logiquement de plus en plus dépendante. Est-ce forcément une mauvaise chose ? Et si ça l’est, est-ce évitable ? On en revient à se demander si l’homme accepterait ce qu’il verrait comme une stagnation (même si ce n’est pas forcément le cas, du moins du point de vue humain).

    Concernant l’effort, je pense qu’il a fortement occupé le corps et l’esprit à une époque, réduisant d’autant le temps/la place pour les autres aspirations. S’il disparaît, il faudra s’occuper avec autre chose. D’où peut-être cette sensation d’être plus facilement malheureux si on n’y parvient pas.

    Pour les loisirs, il reste la possibilité de pratiquer autre chose que le visionnage d’animes ou de la TV. Je pense que cela reste facile dans la société actuelle, où l’on favorise le développement des loisirs. La machine permet aussi d’accéder à beaucoup plus de choses de chez soi. Encore faut-il s’en servir à bon escient et vouloir autre chose que du loisir passif. En fait, les possibilités de choix me semblent énormes en comparaison des autres époques, mais elles le sont dans les deux sens : plus de possibilités de découverte et moins de garde-fous.

    Pour la philo, je suis loin d’être experte (moi aussi, les cours m’ennuyaient en Terminale), mais je crois que certains courants se sont développés par le biais de la technologie. Pour les théories récentes, il existe les travaux de Jacques Derrida (la déconstruction) et d’Edgar Morin, entre autres.

  9. AvatarAmo
    9

    « Le jour où tu comprendras que tu fait partie des gens et que ces derniers sont, fondamentalement, similaires à ton auguste personne, tu arrêteras peut être de vomir ton discours de « gamin-de-16-ans-qui-se-crois-plus-intelligent-que-tout-le-monde»  »

    => http://xkcd.com/610/

    Juste pour appuyer le message avec un strip de xkcd, ce qui est toujours bon à prendre.

  10. AvatarAkinori
    10

    Je pense qu’il vaut déjà mieux arrêter de penser en termes mondiaux, mais repenser la chose en termes de civilisation. L’Occident n’est pas le centre du monde, huh, et même si nous sommes entrés dans une période de déclin, ça ne signifie pas que 6 milliards d’êtres vivants sont d’un coup devenus stupides et incapables de se nourrir. C’est le monde, c’est un cycle de montée-descente qui se répètera toujours, et ce n’est pas qu’il y a maintenant des cartes satellite du monde que tout ces règles sont suspendues. De même, même s’il y a un scénario apocalyptique ou 5 milliards meurent de guerre, famine etc, il en restera toujours un dernier milliard, ce qui est plus que suffisant pour faire survivre des hommes. Il ne faut pas vraiment s’embêter avec ça je pense. Je ne doute pas que par le passé, ça a dû être bien pire. Sans compter le millénarisme qui frappe encore…

    « Nous avons évolué avec un niveau scientifique assez ridicule. Il l’est d’ailleurs encore. (Nous n’avons pas mis les pieds plus loin que la Lune… Alors qu’il nous faudra probablement émigrer vers un autre système solaire dans un futur lointain, si nous existons toujours.) »

    Heu… Bonne chance.

  11. AvatarGemini
    11

    Bah, notre système éducatif lui-même est à remettre en cause à la base : les profs considèrent que les élèves ne sont pas capable de penser par eux-mêmes, et doivent se contenter d’apprendre par coeur.
    Il faut dire qu’à la base, il y a un nivellement par le bas. Dans mon ancienne école, ils avaient décidé une année de mettre tous les élèves en anglais avancé dans la même classe, hors c’étaient tous de bons élèves à la base ; nous avons vite avancé dans le programme, et les parents des élèves des autres classes se sont plaint que cela « dévalorisait » leurs enfants. L’expérience n’a jamais été reconduite, alors que les profs et les élèves impliqués étaient très contents du résultat : mais ce n’était pas politiquement correct vis à vis des élèves plus médiocres.
    C’est sûr qu’avec une mentalité pareil, le nivellement par le bas, et les élèves considérés comme des imbéciles sont inévitables. Il se passe en maths la même chose qu’en philo : alors que nous devrions réfléchir, il est demandé du par cœur (un non sens) car l’éducation nationale considère que les plus jeunes ne sont pas capable de penser d’eux-mêmes…

  12. AvatarZali L. Falcam
    12

    De toutes façons, un jour on aura plus d’électricité, et Internet tombera en panne. On crèvera tous la gueule ouverte et Nelson Muntz nous regardera en faisant « Ha! Ha ! »

  13. Avatarbrotch
    13

    Sujet passionnant. La technologie doit-elle être une prothèse nous permettant d’effectuer les tâches indésirables à notre place ? L’expérimentation, le contact avec la réalité qu’implique le travail de la matière et la culture de la nature, ne sont-ils que des avatars d’un monde révolu, d’un Ancien Régime, indignent de nous, où ces tâches simples et profondes sont-elles, au contraire, au coeur de la dynamique du bonheur, des vecteurs inestimables d’épanouissement ?

    Le premier élément qui doit attirer notre attention, c’est que le monde dans lequel nous nous sommes enfermés, le tout-urbanisé, le tout-numérisé, le tout-motorisé, nous nuit gravement. Que ce soit physiquement (air et eau pollués, qui entraînent des cancers, l’asthme, …) ou mentalement ( googlez : « how the city hurt your brain »), l’environnement citadin nous rend malades, fatigués, et déprimés.

    Nous n’évoluons pas, au contraire. De nombreuses études tendent à montrer que l’espérance de vie va diminuer fortement dans les quinze ans à venir, puisque la dernière génération à avoir profité d’une nourriture et d’un environnement sains, s’apprête à disparaître. Et, cerise sur le gâteau, la stérilité des femmes, ainsi que l’appauvrissement de la semence des hommes, progressent à un rythme alarmant.

    Ce week end, lors d’une ballade solitaire dans un bois, j’ai vu, pour la première fois de ma vie, un groupe de randonneurs en Segway. Une quinzaine de gens en bonne santé parcouraient le chemin forestier sur leurs petites prothèses individuelles, fièrement campés sur leurs roues, filant à une douzaine de km/h environ, avec un petit bruit « bvvvvvvvvvvvvv ». Ces gens avaient probablement l’impression de vivre une expérience enrichissante, de profiter des bienfaits du grand air sans s’abimer les pieds. Mais ils n’ont pas compris qu’en refusant de se servir de leurs jambes, ils se sont coupés eux-même de leur nature, se rendent peu à peu étrangers à leurs sens, et au monde qui les entoure, dont ils ne mesurent plus la distance par l’effort, dont ils ne savourent plus les bruits et les silences. En motorisant leurs ballades, ils en ont enlevé tout l’attrait.

    Il faut que nous nous posions la question : qu’est-ce qui nous rend heureux ? Sommes nous davantage grandit de l’acquisition de technologies nouvelles, de prothèses plus performantes, ou par le fait de surmonter nos difficultés par le travail minutieux de nos sens et de notre intelligence ? Le résultat compte-t-il vraiment plus que l’épreuve qu’il aura fallu passer pour y parvenir ? Toutes les civilisations anciennes avaient leurs mythes, leurs héros, mais toutes sacralisaient l’initiation, la progression personnelle, l’amélioration de l’être, et non point la satisfaction de l’avoir.

    « De toutes façons, un jour on aura plus d’électricité, et Internet tombera en panne. On crèvera tous la gueule ouverte et Nelson Muntz nous regardera en faisant « Ha! Ha !»  »

    …Et Barjavel de déclarer, hilare : « je vous avais prévenu, bande de cons ! ». Notre monde, nos certitudes, nos schémas de pensées, sont d’une fragilité déconcertante. Il suffirait d’un rien pour nous renvoyer à l’état de bêtes, tant nous n’avons rien vécu, tant nous sommes démunis face à la souffrance ou au manque. La maladie du siècle, la petite mort de l’humain, c’est la sécurité.

  14. Avataretsilihin
    14

    >>Ce week end, lors d’une ballade solitaire dans un bois [..] En motorisant leurs ballades, ils en ont enlevé tout l’attrait.

    Achtung! Herr Randonnée n’authroizeras kein randonnée dégénérée.

  15. AvatarNatth
    15

    « Il faut que nous nous posions la question : qu’est-ce qui nous rend heureux ? » >> Tu crois honnêtement que la plupart des gens s’imaginent trouver le bonheur avec leur ordi et leur TV ^^ » ? Des moyens agréables de passer le temps oui, des dérivatifs pour oublier leur emmerdes aussi. Mais le bonheur ou un sens à leur vie, il ne faut pas exagérer. Même la pub Mastercard dit le contraire :P (oui, c’est un argument foireux).

    Et histoire de dire quelque chose d’intéressant, un petit lien sur un loisir alternatif (ou pas alternatif du tout selon le point de vue) : http://forums.ffjdr.org/viewtopic.php?t=14700

  16. Avatarbrotch
    16

    Natth -> Le problème est avant tout notre manque de courage. « Le déclin du courage est peut-être le trait le plus saillant de l’Ouest aujourd’hui pour un observateur extérieur. » disait Soljenitsyne en 1978. Que dirait-il aujourd’hui ?

    Plus nous nous entourons de sécurités, plus nous nous barricadons et plus nous contrôlons notre environnement, plus nous devenons vulnérables à l’imprévu, et plus la peur de ce qui pourrait arriver nous paralyse. Le savoir ne nous fait pas défaut, ni la conscience du désastre à venir. Nous n’avons simplement pas la volonté de faire quoi que ce soit pour l’éviter.

  17. AvatarPutois Putassier
    17

    Gemini => Je n’aime pas du tout l’idée de diviser les élèves selon leur niveau. Surtout lors du secondaire.

    Pour plusieurs raisons.

    En premier lieu, c’est créer des groupes. Des groupes de cancres et un groupe d’élite. Avec tout ce que ça engendrera. (Chevilles qui gonflent pour les membres de « l’élite », frustration pour les autres.)

    En deuxième lieu, l’école permet de se situer. Une classe c’est un mini monde. Si on est dans le mini monde des cancres pas facile de développer une réelle estime de soi.

    En troisième lieu, le problème est d’imposer une décision venant donc des adultes et classant les gens. Alors que l’école est un lieu pour apprendre le lien social, ôter la possibilité de se définir eux mêmes des adolescents me semble plutôt dangereux.

    En quatrième point je veux revenir sur le problème de sectarisme soulevé par le premier point. Il est prouvé que les gens qui réussissent le mieux leurs études secondaires viennent des milieux aisés. Alors diviser les doués des normaux, ne fera qu’accentuer la distance entre les classes sociales. (Souvenons nous des erreurs passées: comme le fait de regrouper des personnes de même origine sociale dans de même quartiers, ça a donné Neuilly et quelques communes du 93. Pas forcément les meilleurs exemples de sociétés fonctionnelles.)

    Enfin, je finirai sur le problème du niveau. Les bons élèves peuvent aussi aider ceux qui sont plus en difficultés. Pas tous, bien sûr, j’en ai connu des connards qui t’envoyaient au mieux dans les roses au pire te racontaient des conneries quand tu leur demandais un coup de main, mais certains sont clairement une aide pour les autres et leur permettent d’augmenter leur niveau (Peut être un peu plus de filles).

    En gros, il y a plus important durant le secondaire que la course à la performance selon moi. Et ce n’est pas qu’une histoire de politiquement correct, c’est juste que le côté école de la vie est vachement important aussi. M’enfin là on entre dans un débat idéologique…

    Natth => Perso, j’ai rencontré des gens pour qui le bonheur dépendait réellement de la taille de leur TV. Ils ne basaient pas tout là dessus (évidemment), mais ça comptait réellement. Et puis, il y a l’I-phone et son prix. Combien se sont pourtant jetés dessus ? Ça marche aussi avec les voitures, les maisons, les ordis… même les frigos ! Et cette fois je ne m’y reconnais pas vraiment. J’ai bien ressenti un petit titillement devant l’I-phone, mais à cause de l’ambiance et de la pub monstre (comme pour les TV HD-écrans-plats-qui-s’accrochent-même-au-mur-dans-un-loft-alors-qu’il-y-a-de-la-putain-de-place-dans-un-loft…) Faiblesse passagère quoi.

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