Dans ce nouvel épisode du segment « Sous-France Culture », l’Ermite Moderne revient sur une vidéo et sa parodie qui ont buzzé sur Dailymotion, où deux soi-disant connaisseur en philosophie se mettent à raconter un vieux discours faisandé sur les jeux vidéo à tout les spectateurs d’Arte (les dégâts seront pas très étendus mais quand même…). Mais comme c’est bien trop pour une seule tête d’abruti, une deuxième vient squatter le canapé de l’Ermite pour lui prêter main forte. Let’s go for some 2 vs 2, baby !
[c'est quand même bien chiant cette limite de 15 minutes sur youtube. J'ai put faire quelques cut plus clean mais j'ai dut sacrifier le générique et des bouts du final. C'est rageant]
J’aimerais rappeler quelquechose de très important : Raphael Enthoven c’est aussi un génie incroyable à la capacité analytique stupéfiante qui a pondu un des papiers les plus aberrants et à côté de la plaque sur Avatar, comme quoi ce film parlerait d’un genre de communautarisme qui rejoint le FN en esprit. Déjà que je ne pardonne jamais qu’on essaye d’entasser » l’ingérence des problèmes de société dans des univers de fantaisie « (©Rafik Djoumi), il omet et déforme des tas de faits et détails sur le film pour finalement conclure sur l’exact opposé du discours que cette œuvre véhicule.
Cette tendance que les critiques français ont a imposer à chaque film une grille de lecture exclusivement pragmatique, rationaliste et toujours en raccord avec l’actualité et la politique, dans des films qui abordent la fantaisie, la mythologie, le rêve, l’inconscient collectif et des choses qui concernent plus l’Homme dans ce qu’il a de plus profonds que les systèmes qui le gouvernent en surface…c’est juste répugnant, et ça ne date pas d’hier. Mais apparemment, c’est le mieux qu’ils puissent faire pour aborder un sujet (ou même une culture) qui leur est étranger et trop récent pour leur convenance
Entre « les jeux ça rend con et seul », et « Avatar ça rend raciste », vivement « les jeux de rôles c’est pour les fachos », « Star Wars c’est pour les royalistes nostalgiques », « la science-fiction c’est pour les eugénistes » et « Le Manga font du mal à la Fran…oh wait Zemmour l’a fait avant« .
Pour encore plus de grosse marrade, Colas Duflo, notre expert en infinité sur 64 case, aurait en fait fait toute une thèse sur une approche philosophique du jeu à l’Université et réitéra sur le sujet avec « Le Jeu, De Pascal à Schiller ».
On pourrait croire qu’un auteur qui prends le jeu avec sérieux, rigueur et spiritualité aurait été plus consciencieux et plus renseigné avant d’aborder le sujet du jeu vidéo et se serait mis à étudier ce nouvel univers ludique avec la même fascination et le même éclairage que lors de sa redécouverte des jeux traditionnels sous un angle philosophique nouveau et ainsi sortir une thèse en avance sur son temps…
Mais visiblement je vis dans un monde imaginaire composé de fées, d’elfes, de rivières de miel et de gens fidèles à leurs principes qui arrivent à préserver leur curiosité contre les affres des préjugés antédiluviens et de la hiérarchisation facile et improbable. A la place j’ai un type et son pote qui me déblatèrent comme des fanboys « les échecs c’est mieux que les jeux vidéo, nananère ! 64 cases d »infini, 10^80 combinaison possible et blast processing 16 bit avec gestion du mode 7 et de l’anti-alliasing. Chess does what nintendon’t ! ».
Et en plus il te parle de « jeux nobles », histoire de bien structurer son délire (marrant de parler de monarchie quand on aborde le jeu d’échec où il faut protéger un roi…ohoho, quelle mise en abîme, je devrais passer à la tv). Si j’étais un gros con qui se serait laisser happer dans la même lubie que ce monsieur, il aurait facile de dire « Oui mais non; on a des tactictal rpg et des rts où t’as où 1000 fois plus de cases et de paramètres à prendre en compte. Et on a la couleur alors que toi c’est noir et blanc et en plus et on a des scrollings alors que toi c’est qu’un plateau fixe et en 2D en plus, alors que dans Counter-Strike t’as plusieurs étages où il faut te cacher et puis il y a le sens du vent et on a des vrais beaux personnages et pas des pions » et fuckin’blablabla.
Si j’étais ce con là, j’espère qu’on m’aurait remis à ma place; car ce genre de comparaison hors de propos équivaudrait à préparer un argumentaire de 300 pages pour savoir qui est le meilleur entre une chaussure et un arbre. Donc loin de moi l’idée de faire un truc aussi bête que de déprécier un jeu aussi historiquement important que les échecs, alors qu’il faudrait déjà le remercier pour les archétypes ludiques qu’il a apporté (mais j’assume ma blague de fin, c’était trop tentant pour ne pas le faire).
Par contre, les jeux d’échecs comme jeu de la vie ? Je croyais que c’était le jeu favori des stratèges guerriers, qu’il s’agissait de duper et de tuer des gens du camp adverse, de renverser une figure d’autorité contraire à la sienne, et que dans toutes les œuvres de fictions que j’ai vu mentionnant le jeu, il s’agissait toujours d’éliminer quelqu’un de la façon la plus subtile et tarabiscoté possible et que du coup c’est plutôt un jeu de la mort ( on vient de citer le Septième Sceau, quand même), mais bon, je ne suis pas philosophe. A moins que justement, étant un jeu du conflit, de la guerre, et de la mort, ça fait des échecs un jeu de la vie par ambivalence et justement parce que c’est comme la vie mais on peut raconter tout et n’importe quoi avec cette logique lénifiante et ça ne mène nulle part si ce n’est faire du surplace. Comme maintenant.
Au moins il y a quelquechose que je ne peux pas lui retirer : il y a plus de bonne adaptation au cinéma du jeu d’échec (genre le Septième Sceau ou même, soyons fou, Piège de Cristal) que de jeux vidéo.
Pour prendre au sérieux ma propre blague, je rajoute que par contre, on a des bons films qui s’inspire [un peu ou beaucoup] du Jeu vidéo, de ses designs et de sa grammaire, comme Scott Pilgrim, Matrix, Speed Racer, Blade 2, Les deux Hellboy, Ben X, Kung-fu Master, pas mal de films d’animation japonais genre Summer Wars, l’Autre Monde de Gilles Marchand, et j’en oublie). Et bien, je suis en train de sérieusement digresser, là, je devrais arrêter. N’empêche que c’est pas mal de la part d’un médium aussi culturellement riche qu’un jeu à gratter.
Remarquons que nos deux pseudo-philomachins n’ont pas été sourd à la polémique qu’ils ont initiés et ont publiés un droit de réponse sur le site d’Arte, avec Colas Duflo qui tente de « préciser sa pensée pour clarifier les choses et amener un peu de sérénité« . La réponse semble plus confirmer et préciser le jugement fâché émis par les joueurs envers le personnage que calmer quoi que ce soit. Rien que son troisième point est un aveu de son manque d’intérêt et de recherche sur le sujet. Vous pouvez tous, par contre, vous tenir au courant sur la réalité de « l’addiction aux jeux vidéo » en consultant ces billets par Dereck de Chamboultout ici et là .
Bonus :
- une lettre ouverte de quelqu’un sur gameblog que j’ai trouvé 5 minute avant d’écrire ce billet.
- En fin de vidéo, vous avez vu les dernières secondes légendaires du célèbre duel entre Justin Wong et Daigo « The Beast » Umehara sur Street Fighter 3 : Third Strike (15 parry d’affilés sur la super art de Chun-Li, ça ne vieillit jamais). Le match entier ici.
- Mais vous avez aussi vu les dernières seconde de la transmission tv d’un match pro-gamer coréen de Starcraft (giga-populaire et très pris au sérieux en Corée du Sud) du champion SlayerS_’BoxeR’ et sa troupe Terran donnant la fessée à [NC]Yellow et ses Zergs. Il faut savoir que les Zergs dominaient la scène pgm sud-coréenne de StarCraft, donnant naissance à la fameuse catch-phrase « zerg rush, kekekeke » (c’est comme ça qu’ils rient dans ce pays). Mais BoxeR a dominé son monde avec les Terrans dépréciés, rendant ses performances d’autant plus remarquable.
- Quelques mentions à propos de Bioshock et l’Objectivisme. (un gars a même tenté de faire une analyse du sujet sur 10 vidéo youtube)
- Sachons différencier l’individualisme conçu par Ayn Rand et celui de Joseph Campbell (le même qui a écrit « Le héros aux milles visages ») avec l’aérodynamique FlyingTichoux (le même qui créé le forum tichoux, nom d’un parapluie)
- Toujours pour rester dans l’Objectivisme et Ayn Rand, mais dans un registre humoristique bien cinglant, admirez l’époustouflant Stephen Colbert aborder le sujet.
- Le dessin animé bizarre d’où le mec qui s’étrangle avec sa propre veine palpitante du tympan s’appelle Stressed Eric, ou Eric la Panique en français. On reconnait la patte de Klasky et Csupo rien qu’au look. On peut facilement trouver quelques épisode sur youtube et dans la catégorie des dessin animé critique et satyrique avec de l’humour noir, c’est plutôt pas mal. Mais je crois que j’étais pas supposé regarder ça étant gosse…
Un énorme merci à Gromulke, my own personal aniki, qui m’a assisté pour cette émission et que j’espère caser bientôt dans d’autres émissions. Reste plus qu’à lui trouver un nom de scène…ou alors peut être que les fans (si il y en a) s’en chargeront ? (oh non, un cliffhanger)
Cet épisode est spécial kasdédi à Nunya qui m’a encouragé à aborder ce sujet précis. Maintenant fait des nouveaux podcast espèce de faux-chevelu avec une pasta-machine en guise de postérieur.